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Réemploi : le cas d'une maison bruxelloise unifamiliale

Mis à jour : sept. 24

Penser réemploi dans le cadre d’une rénovation, cela nécessite de combattre des automatismes bien ancrés dans nos quotidiens d’acteurs de la construction et de guider des consommateurs mal avertis et souvent poussés à la consommation.

Ainsi, les matériaux amoncelés lors des démolitions et chutes en tout genre n’ont pas qu’une vocation de déchet. De même, peu de consommateurs ont recours à des matériaux de « seconde main », qui offrent pourtant tout autant de possibilités qu’un matériau neuf et ne sont pas moins résistants.

Au-delà de l’impérative nécessité de réinventer nos pratiques constructives, intégrer les notions de circularité et de durabilité équivaut ni plus ni moins à anticiper l’inéluctable basculement de paradigme qui s’opère au sein de notre société en réaction aux dérives du consumérisme et à l’urgence climatique.


Penser « cycle de vie » en déconstruisant l’illusion du bâtiment éternel pour l’envisager dans une perspective plus réaliste

La bonne nouvelle, c’est qu’une fois débarrassés de nos vieux réflexes, le plus dur est fait, et qu’il suffit alors d’un peu de créativité et de quelques bonnes pratiques pour s’initier à la rénovation circulaire.

Pour les illustrer, coup de zoom sur une petite maison unifamiliale située à Etterbeek et rénovée entièrement dans un esprit de réduction de déchets et de réemploi.

Réduction des déchets et optimisation des espaces

Comment penser cycle de vie ? En déconstruisant l’illusion du bâtiment éternel pour l’envisager dans une perspective plus réaliste de cycle de vie, allant de sa construction à sa première rénovation, puis à la prochaine, puis à la suivante… Autrement dit, rénover en pensant à la déconstruction, le meilleur déchet restant celui qui n’existe pas.

Concrètement, on réutilise les matériaux composant le bâtiment au départ, on valorise les chutes et déchets de chantier et on privilégie les matériaux de seconde main, biodégradables ou réutilisables.

Au-delà du choix des matériaux, ce projet bruxellois se distingue par une optimisation des espaces, y compris ceux qu’on aurait tendance à peu valoriser, comme les caves.

Réutiliser les matériaux existants, privilégier le biodégradable ou le réutilisable

Maison ouvrière de la fin du XIXèmesiècle, une de ses caractéristiques principales est sa maçonnerie en brique de terre cuite traditionnelle. Dans une perspective de réemploi, les briques amoncelées lors des démolitions ont été récupérées et utilisées pour restaurer l’enveloppe minérale de la maison.

Les murs périphériques, qui composent l’enveloppe minérale, ont été recouverts de deux couches d’argile : une couche de fond et une couche de finition en argile blanc, séparées par un filet de jute. Aucune technique, ni accessoire pour complexifier la composition de ces murs.

L’argile, qu’il soit récupéré sous forme de chutes en cours de chantier, ou dans son ensemble lors d’un démontage ultérieur, peut être réutilisé comme enduit ou restitué à la terre.

Les techniques sont concentrées au niveau de la structure - plafonds, sols et cloisons. Cette structure est entièrement constituée de bois et recouverte de fibres végétales : cellulose, paille et bambou en revêtement de sol.

Le bois, la cellulose et la paille peuvent être réutilisés, retravaillés ou restitués à la nature. L’enduisage en terre et le plancher en pose flottante permettent un résultat final sans colle, ni peinture chimique.

Moins de matériaux, plus de cohérence et moins de déchets

Chaque matériau utilisé génère des chutes qui, fautes de réemploi, deviennent des déchets. Au plus on multiplie les matériaux pour une rénovation, au plus il y a de chutes et au plus il y a de déchets.

Dans le cadre de notre projet bruxellois, le même bambou a été utilisé comme revêtement de sol, de meubles ou en intérieur de niches et la même terre recouvre l’ensemble des murs et cloisons. Réduire la quantité de matériaux utilisés permet donc aussi de limiter les déchets.


Dans une perspective de réemploi, les briques amoncelées lors des démolitions ont été récupérées et utilisées pour restaurer l’enveloppe minérale de la maison.

Valoriser les chutes de matériaux polyvalents

La réduction des déchets passe également par l’exploitation des chutes et résidus de matériaux. S’il est facile de réutiliser des chutes d’argile, certaines chutes échappent particulièrement à l’attention des architectes. C’est le cas des chutes de plans de travail de cuisine, dont les pierres et composites sont généralement fournis dans un format standard et doivent être redécoupés. Malgré le coût de ces pierres et composites, les chutes qui résultent de la découpe sont souvent jetées.

Dans notre maison etterbeekoise, ces chutes ont été réinventées en tablettes de fenêtres, ce qui leur apporte une résistance supplémentaire ainsi qu’une touche design. Le même raisonnement peut être adopté pour les chutes de carrelages, réutilisables de différentes façons, pour combler ou habiller.

Matériaux de seconde main, pas de seconde qualité

Il ne pourrait être question de réemploi sans aborder la question des matériaux de seconde main, récupérés sur des chantiers voisins ou d’anciennes constructions et retravaillés. Ceux-ci n’ont rien à envier au neuf ou au préfabriqué et donnent souvent un cachet particulier et apprécié à un bien. Ici, le mobilier a été presque entièrement travaillé sur mesure à partir de poutres de charpente en chêne, récupérées dans une ancienne ferme et redébitées. De cette façon, ce matériau est utilisé d’une façon optimale et mis en valeur.

Contrairement aux idées reçues, ce type de procédé n’est pas nécessairement plus cher. Les matériaux sont de seconde main, donc moins coûteux, et les artisans ne manquent pas.

Il suffit souvent de réfléchir à ce qui se trouve près de chez nous - carrière, scierie ou décharge qui génère des ressources sous-exploitées - et de faire tourner nos méninges.

Une rénovation lourde avec un impact écologique minimal, c’est donc possible et ça commence avec un changement de perspective. Allez, on enfile ses idées et à nos crayons !



Article paru dans une communication de la Confédération Construction en mai 2020.

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